Mes couilles ne sont pas encore dans le formol! Et vous?
[1] L’auteur fait ici référence à l’expression «avoir des couilles» et propose, à ceux qui pourraient se sentir offensés par une telle initiative, un titre propret de remplacement : Mon courage ne sombre pas dans une léthargie mortifère, qu’en est-il pour vous?
*Réaction au dépôt patronal
Enseigner, c’est avoir les couilles de se présenter en classe et de communiquer avec rigueur et passion des savoirs trop souvent farouches et difficiles. Enseigner, c’est inviter l’autre à une rencontre et oser le regarder droit dans les yeux.
Enseigner, c’est être capable de s’oublier un peu, d’être attentif aux besoins des autres, à l’écoute de leurs interrogations. Enseigner, c’est susciter les questionnements et les prises de position, c’est favoriser le doute et la capacité d’opposition. Enseigner, c’est savoir stratégiquement s’effacer pour laisser surgir l’autre.
Enseigner, c’est avoir les couilles d’insister, de se répéter, d’être redondant. C’est accepter de corriger, de reprendre, de mettre sur la bonne voie. Enseigner, c’est aussi sévir parfois.
Enseigner, c’est prendre par la main, c’est féliciter sincèrement la réussite et encourager la persévérance. Toutefois, enseigner c’est également accepter l’échec.
Enseigner, c’est avoir les couilles de se mettre à nu, de se donner comme exemple. C’est avoir la générosité de donner et la modestie de prendre. Enseigner, c’est être capable de concentrer l’attention sur soi, mais également avoir le front de déplaire. C’est s’efforcer de divertir, mais en tout temps, c’est savoir exiger l’effort de pousser plus loin, de travailler plus fort.
Enseigner, c’est diriger le regard, c’est ouvrir les perspectives. C’est avoir les couilles de déstabiliser, d’amener ailleurs. Enseigner, c’est offrir les moyens de s’élever sans cesse.
Enseigner, c’est encore beaucoup plus… c’est vanter la noblesse de l’émerveillement, c’est suggérer le réenchantement.
Pour certains, enseigner ce n’est que livrer la marchandise, enseigner ce n’est que proposer une gamme de produits, c’est satisfaire un client à tout prix. Pour certains, enseigner c’est s’assurer que tous ont été bien servis. «Vous avez trouvé ce que vous cherchiez???» Tristement, pour certains, enseigner c’est confondre éducation et walmartisation.
Alors, en réponse à tous ceux pour qui l’enseignement se résume à une simple facette de notre économie, à un lourd fardeau ou à une trop riche industrie, nous devrons démontrer, sans broncher et sans compromis, que nous avons des couilles d’acier trempé. Les couilles pour le face à face rapproché; les couilles pour viser haut, pour viser loin; les couilles de frapper fort; les couilles de rester bien droits malgré l’effort; les couilles d’être solidaires jusqu’au bout, les couilles de se mobiliser coûte que coûte. En réponse à tous ceux qui par leur vision simplifiée de notre réalité nous manquent de respect, nous devrons, sans encombre ni hésitation, affirmer notre volonté de négocier et de gagner. Nous devrons montrer que nous avons les couilles prêtes à tout, les couilles de plonger. Par principe, les couilles de sortir dehors et d’alerter. Que ceux qui ont des oreilles entendent : « Mes couilles ne sont pas du tout dans le formol, et vous???»
Alexandre Leboeuf
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